Levez les yeux : les mascarons de Nantes vous regardent

Levez les yeux : les mascarons de Nantes vous regardent

À Nantes, il y a des habitants qui ne déménagent jamais. Ils sont là depuis près de trois siècles, au-dessus des portes et des fenêtres, et ils observent les passants sans jamais rien dire. Ce sont les mascarons.

Un mascaron, c’est un visage sculpté dans la pierre, souvent placé sur la clé d’une fenêtre ou d’une porte cochère. Certains sourient, d’autres tirent la langue, grimacent ou soufflent comme le vent. Il y a des dieux marins aux barbes ondulantes, des visages joufflus, des figures étranges et exotiques. On les croise surtout sur l’ancienne île Feydeau, rue Kervégan, allée Turenne, place de la Petite-Hollande, et le long du quai de la Fosse.

Une île de riches armateurs

Pour comprendre leur présence, il faut remonter au XVIIIe siècle. Les premiers plans d’urbanisation de l’île Feydeau datent de 1721. Pendant des décennies, les grands négociants et armateurs nantais y font bâtir des hôtels particuliers qui rivalisent d’élégance. Les mascarons sont leur carte de visite : plus la façade est sculptée, plus la réussite se voit depuis la Loire.

Cette richesse a une part sombre que Nantes regarde aujourd’hui en face. Une partie de ces fortunes venait de la traite atlantique, et certains mascarons représentent des visages africains aux traits caricaturés. Le Mémorial de l’abolition de l’esclavage, tout proche sur le quai de la Fosse, rappelle cette histoire. Lever les yeux sur ces visages, c’est aussi lire ce passé.

Des immeubles qui penchent

Autre particularité : à Feydeau, beaucoup d’immeubles penchent. Construits sur les sables et les vases de la Loire, ils se sont inclinés dès leur construction, malgré les pilotis de bois. Les bras du fleuve qui entouraient l’île ont été comblés entre 1926 et 1946. L’île est devenue un quartier, mais les façades ont gardé leur léger déhanché, et les mascarons continuent de sourire, un peu de travers.

Et si vous habitiez sous un mascaron ?

Vivre dans ces immeubles, c’est profiter de volumes généreux, de hauts plafonds, de parquets anciens et souvent d’une belle lumière, en plein cœur de ville. Quelques points à connaître avant d’acheter :

  • Le patrimoine est protégé : le centre de Nantes est classé « site patrimonial remarquable ». Les travaux sur les façades, les fenêtres ou les toitures doivent être validés par l’architecte des Bâtiments de France.

  • Les sols et les murs peuvent être inclinés : c’est le charme de Feydeau, mais il faut regarder de près l’état de la structure et les rapports d’expertise de la copropriété.

  • Les ravalements de façade sculptée coûtent plus cher : on consulte les derniers procès-verbaux d’assemblée générale pour savoir ce qui a été fait et ce qui est prévu.

Notre conseil : faites-vous accompagner pour visiter ces biens d’exception. On adore ça, et Romy aussi.

La prochaine fois que vous traversez Feydeau, ralentissez. Levez les yeux rue Kervégan, cherchez le visage qui rit et celui qui boude. Vous verrez, une fois qu’on commence à les remarquer, on ne peut plus s’arrêter.

Illustration : dessin réalisé par five immobilier d’après une photo du mascaron du 10 allée de Turenne, île Feydeau, par GO69 (CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons). Illustration sous licence CC BY-SA 4.0.